« La nature fait les choses sans se presser, et pourtant tout est accompli. » Lao-Tseu

Je n’aime pas ce monde. Je souhaite qu’il s’effondre.

Je fais parti de la minorité silencieuse du confinement. Ceux à qui le confinement réussit. Ceux qui ne le disent pas à voix trop haute, mais qui ont été soulagés de voir le monde obligé de ralentir. Je fais partie de ceux qui trouvent que l’émergence de cette maladie est une tragédie, mais que le confinement qu’elle engendre est une bénédiction.

En cette fin d’avril, de cette année 2020, devenue historique alors qu’elle n’a que quatre mois, on entend se chuchoter par ci par là le mot « déconfinement ». Comme l’arrivée d’un évènement extraordinaire, mais qu’il ne faudrait pas trop ébruiter de peur que ça n’arrive jamais. Un espoir collectif, échangé sous le manteau.

Chut… Le déconfinement. Il arrive enfin.

Il y a ceux qui s’en réjouissent… Et puis, il y a les autres. Plus silencieux. Plus discrets. Mais bien là. Ceux qui avaient perdu leur place dans un monde en surchauffe, mais qui ont fini par la retrouver lorsque celui-ci a ralenti. Ceux qui sont partagés entre la crainte de voir leurs proches attraper la maladie-dont-on-ne-veut-plus-entendre-le-nom et le sentiment d’avoir enfin l’opportunité de reprendre pied dans la réalité.

Le rythme actuellement confiné du monde est aussi le leur. Et pour ces gens-là, le déconfinement provoque des inquiétudes. Dont celle de voir tout repartir à la même vitesse, voir même plus vite. L’inquiétude, après avoir goûté à la possibilité de ralentir, de ne plus pouvoir supporter le rythme sur-stimulé d’avant.

Cette inquiétude est la mienne. Je lis des articles, j’entends le monde politique parler d’un « retour à la normale », mais le monde d’avant n’avait rien de normal. Je ne veux pas du monde d’avant le confinement. Je n’en veux plus. Je ne veux plus accélérer sans cesse. Alors que la terre tourne déjà à une vitesse tout à fait honorable d’un tour par jour, pourquoi faudrait-il recommencer à vouloir tourner plus vite ?

Depuis le début du confinement, je me lève plus tôt. Je médite chaque matin. Je me suis remis au sport et je mange moins et plus sainement. Du coup, j’ai perdu 4 kg, sans sensation de faim et sans régime. Je m’allège également de beaucoup de choses et d’habitudes qui ne m’ont jamais vraiment été utiles, mais que j’ai développé pour soutenir le rythme de vie effréné qu’on nous imposait. J’ai réalisé mon premier court-métrage en 10 jours, alors que je peine à produire une vidéo par mois. Et j’ai encore d’autres projets sur lesquels je continue à avancer, les miens comme ceux d’autres artistes que j’accompagne. Des logos, des morceaux à mixer, des vidéos. J’ai aussi énormément améliorer mes relations avec ma mère, avec qui je suis confiné.

Ca, c’est le bilan de deux mois. Et je tombe parfois sur témoignages similaires (mais toujours discrets) sur internet. Je veux continuer comme ça. Imaginez une année. Imaginez dix ans, comme ça. Imaginez ce qu’il serait possible de faire de nos vies, si seulement on nous laissait le choix de les vivre au rythme qui nous convient.

Bien sûr, beaucoup de choses et de gens me manquent. Les quelques amis proches que je ne peux plus revoir. La famille. Les concerts. Mes élèves. Mais j’aime ce monde confiné, au tempo organique. Les musiciens le savent, le secret d’un bon groove, ce sont les silences.

Je souhaite qu’on éradique ce virus, et l’ancien monde avec. Qu’on le laisse définitivement tomber en poussière avec ses vieux rouages rouillés. Qu’on l’incinère dans un grand feu de joie pour célébrer le choix de nous laisser évoluer vers quelque chose de plus efficace. Plus respectueux de nous-même et du monde qui nous entoure. Plus pérenne. Je souhaite simplement qu’on apprenne de cette expérience, et qu’on en sorte plus conscient.

Je le souhaite. Mais je n’ai pas confiance. Je n’y crois qu’à moitié.

Et si le monde doit repartir sur les chapeaux de roues, comme avant, je ne crois pas que je pourrais suivre. Je ne m’en sens pas capable. Je serais obligé de ralentir. Et de facto, de m’opposer à tous ceux qui voudront que j’aille plus vite. Ralentir, ce n’est pas mourir. C’est choisir de vivre. Certains d’entre nous n’ont pas le luxe de pouvoir traverser la vie en apnée.

Lorsque les voitures les plus rapides foncent à toute vitesse, elles ne voient pas le mur arriver. Les voitures les plus lentes, elles, peuvent encore freiner avant l’impact. Mais ce sont aussi elles qui, arrivées en dernier, constatent la tragédie. Il est facile de comprendre pourquoi la vitesse à tout prix n’est bonne pour personne. Ceux qui en abusent meurent, les autres survivent pour les pleurer. Piler sur les freins est de la plus haute importance pour tout le monde. Et je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, c’est ce que je souhaite faire. Je ne souhaite surtout pas embarquer dans une voiture de course. Je souhaite être de ceux qui contribueront à ralentir le mouvement.

Je n’aime pas ce monde vers lequel on veut revenir. Je souhaite qu’il s’effondre, et qu’il meurt. Je pense qu’il est grand temps.


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